Parole à l’invité : “Apprendre à surfer”

Amandine, notre invitée du moment, prend la parole et nous raconte comment elle a appris à surfer à Bondi.

Apprendre à surfer
par Amandine

Ça commence par un coup de foudre. Un long board immense, plutôt baraqué, mat et un peu dodu sur le dessus, entre le bleu électrique et le bleu Klein, mais un peu plus clair. C’était la mi-journée. Le soleil australien violent tapait à son zénith, et juste en dessous de lui, Bondi Beach était noire d’amateurs de rayons brûlants, de sports sur le sable et de farniente. Dans l’eau, des demi-dieux en action sur des planches courtes, longues, mais aussi debouts sur des géants, pagaie à la main. Adolescents impertinents, hommes mûrs et surs d’eux, minces, costauds, blondes paradisiaques, tous en combinaison. Une caste tranquille. Belle.
Bondi. Plage légendaire du Pacifique australien. Un lieu tout aussi fort que Byron Bay, autre temple du surf sous ces latitudes.

“The waves here are nice and gentle. They’re perfect for a beginner, you’re gonna love it” – Surf instructor.
J’ai pris des cours de surf à Bondi, donc. J’ai signé pour une série de sessions, à toute heure du matin et du jour. J’avais un instructeur différent à chaque fois, et tous m’ont appris quelque chose de tout aussi différent sur le surf et l’océan.
Aparte – Les professeurs de surf sont beaux. A tomber. Des athlètes longilignes aux dents blanches, rieurs et enthousiastes. Certains aiment lancer des batailles dans l’eau, pour s’échauffer. Ils vous accompagnent pour prendre vos premières vagues, guidant le long board en vous poussant d’un coup sec quand la vague accélère et s’apprête à casser. De gracieux instructeurs. C’est la première fois de ma vie que j’ai ri à gorge déployée devant un croquis de vagues dans le sable. L’humour solaire. Les joies simples, piquer des fards. Le soleil était haut, il a dû me taper sur la tête.

“Let’s catch as many waves as we can” – Surf instructor
Tout s’est très bien passé. C’est à dire que je m’attendais à bien pire. Mais je me suis levée, debout sur ma planche, à la première session. Je pensais que le snowboard, qui fait partie de ma vie d’hiver depuis des lustres, allait me faciliter la tâche. Sans doute une fois qu’on sait rester debout sur sa planche, mais certainement pas avant.

“Hey you Frenchie, you have to calm down. take your time to stand up” – Surf instructor
Oui, j’étais à fond. Une fois levée, c’est sans doute comme apprendre à marcher: on veut y retourner, on veut y arriver. Bilan de ma première journée: surexcitée.
Tout s’est bien passé pour moi car j’ai progressé d’une fois sur l’autre, lentement mais surement. Entre deux sessions de surf, j’allais nager, courir, nager, pour développer la force du torse et des bras, le souffle, la souplesse du dos, tout ceci pour améliorer mon “paddling”. Ou bien: ramer avec ses bras, passer les vagues depuis le rivage, manoeuvrer dans les courants sans trop s’épuiser.
Merveille d’apprendre quelque chose de totalement nouveau? Hypnose fatale de la glisse sur le puissant océan? Plage ensorcelante, instructeurs ravageurs? Depuis le premier jour, je n’ai plus voulu faire que du surf. J’ai rêvé de surf, j’ai médité sur le surf, j’ai observé tous ces magiciens sur les vagues, et j’ai voulu en faire autant.
Lentement mais surement.

Ma première vague prise toute seule, et que j’ai gardée jusqu’au rivage sur mon long board tout bleu. Quand on réalise un rêve, le réel est tellement plus beau que le rêve. J’ai eu cette même fièvre hilare que lorsque j’ai commencé à maîtriser le snowboard, lorsque j’ai fait mon premier vol seule en parapente, dans le ciel immense avec ma voile format plume de canard. Tout comme mon premier snowboard, qui m’a fait connaître les descentes en poudreuse, j’ai adoré mon long board. Confortable, joyeux, et si stable. Il a fallu s’habituer à s’allonger dessus. Le buste dressé, prêt à attaquer, les mains pressées juste sous les côtes pour donner l’impulsion. Une posture cousine du “Cobra” en yoga.

Surfer. Sur la neige, je sens la force tranquille de la montagne. Je cherche la vitesse et les courbes sur ses flancs, je dessine ma trace en jouant avec le relief. Sur l’eau, c’est la force en mouvement. C’est comme se retrouver sur le dos d’un monstre des mers. Le swell. L’océan. Le cycle de l’eau. Le bon vouloir des vents, l’humeur du soleil, la nature changeante des bancs de sable. Heure après heure. Petits pieds sur une langue forte de tonnes de mètres cubes d’eau. C’est magique.

“At some point, you have to stop thinking. You have to understand your environment, and just feel it. And enjoy it” – Surf instructor.
Chaque jour, les vagues étaient différentes. J’étais totalement captivée par le spectacle de l’eau, les effets des courants, les mouvement du ciel, la météo. Vagues coupantes, désordonnées, baveuses, en rangs serrés, diablement mousseuses. J’en ai pris pour mon grade. Mon corps tout entier lavé et traversé par ces eaux, son sel, ses claques. Fous rires extatiques après m’être fait pétrir en sous-marin par une onde un peu trop forte.

J’ai bien progressé un matin très tôt, peu après l’aube. Les vagues avançaient sans sourciller, régulières et gonflées d’écume. Alors a commencé la danse sur ma planche, avancer, reculer, à petits pas, en avant, en arrière, les genoux pliés, regarder devant soi. Les bras suivent. Cha cha cha
“Hey girl, you’re a natural”. Je ne pouvais pas recevoir plus beau compliment.

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2 Comments

  1. Surfcity

    Je vais me repeter mais je le trouve tres chouette ce temoignage ;-)

  2. Ducrote

    nous aussi nous sommes en train de surfer sur une vague mais alors ce n’est pas du tout la meme !!!!
    Biz aux Australien et un conseil de vieux : restez là bas car ici bas l’herbe n’est plus verte du tout !!!!

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