Une petite barque pour des gros poissons

Même notre lagon est infesté de mini méduses tueuses, prévenait Ellen. Si ces stingers vous piquent, vous avez 20 minutes devant vous pour trouver un hôpital. Vous commencerez à avoir des maux de têtes, puis des vomissements et une lente crise cardiaque. Nous déconseillons à tous nos invités de se baigner dans les whitsundays de Décembre à mai.

Nous sommes en avril, tant pis !

Nous ne barboterons peut-être pas dans cette eau turquoise, mais nous irons pécher en louant une petite barque le jour, et nous soulerons de mojitos la nuit. Telle était devenue notre devise sur cette île au large de la barrière de corail.

Gilet de sauvetage, cannes à pêche, chapeaux et crème solaire, nous étions fins prêts pour une petite session de pêche près des plages paradisiaques de Long Island.

En s’éloignant progressivement des côtes de l’hôtel, je fixais d’un regard furtif la barque en métal pour m’assurer qu’elle ne prenne l’eau. Que nenni, nous étions au sec, aucun risque de se faire piquer par ces saletés de mini méduses, et le soleil brûlant tapait impunément nos épaules encore blanches.

Au bout de quelques minutes, le décor reprenait des allures de carte postale, sans danger. Et nous roulions en toute quiétude, bercés par le teuf-teuf du petit bateau. Nous décidions alors d’un endroit qui nous semblât parfait pour pêcher à la ligne.

A quelques mètres seulement, un phoque nous montrait fièrement ses moustaches. Une grosse tortue nageait paisiblement, là, tout prêt. Et plus loin, on apercevait une grande raie qui plongeait dans la mer avec majesté.

Tels de jeunes aventuriers, nous étions heureux d’observer les charmes de cette nature, en sécurité sur notre barquette de métal. Ô joie !

Nous sortîmes notre matériel : appâts, fil de pêche, couteau, chapeau et crème solaire. Puis on se mit à pêcher.

On sifflait, on jetait notre fil de pêche, ça mordait, on remontait notre fil de pêche, bredouille, on rejetait notre fil de pêche, ça re-mordait et on re-remontait notre fil de pêche. Et Re-Bredouille…

Puis soudain, le silence se fît. On ne sifflait plus, ça ne mordait plus, et la grosse tortue avait disparu.
Une ombre passa sous le bateau.

Mon coéquipier me regarda l’air blême : « Il y a un requin !»

Encore euphorique d’avoir vu un phoque moustachu, je m’empressais de répondre « où ça ? Où ça, le requin ? Moi aussi je veux voir le requin ! » Comme si nous étions à Disneyland et que Mickey était passait à côté de nous sans que je ne le vois.

Sauf que nous n’étions pas à Disneyland crétine ! Nous étions sur une barque au beau milieu d’une mer infestée de mini méduses meurtrières et de poissons carnivores !

Je me penchais tout de même sur le la proue du bateau pour tenter de l’apercevoir, ce méchant poisson de Spielberg !

Et je le vis.

Une grande masse couleur sable, venait de passer sous notre barque. Puis repassa aussi vite. Le comte de fée s’était brusquement transformé en réalité. Je me jetais en arrière dans la barque :
« On y va, non ? »

Mon coéquipier bien plus alerte, était déjà en train de remonter l’ancre du bateau avec frénésie. Je balançais alors en toute hâte mon ridicule fil de pêche, mordis mon chapeau et priais intérieurement pour que le bateau redémarre sans encombres. Pitié.

Car aucune issue n’était envisageable : un requin avec un poisson pilote sur le dos voulait nous manger tout cru, des mini méduses nous attendaient pour nous coller des tentacules empoisonnées sur la peau, et le phoque moustachu avait surement dû se transformer en un monstre marin assoiffé de sang français !

Mais le bateau redémarra. Il y avait un dieu ! Et nous n’avions plus qu’un seul objectif : regagner la côte, vivants !

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4 Comments

  1. Benchems

    Allez là, c’est bon de se sentir vivants !

  2. barb

    @benchems : grave ! C’etait aussi impressionant que de voir un anaconda !!

  3. Ahah, genial, j’adore ta maniere de raconter l’episode :-)

  4. Yves from Marseille

    La prochaine pêche, au lieu d’une canne, apportez plutôt un… fusil à pompe avec des chevrotines !
    Ton récit m’a tenu en haleine. Steven devrait accepter ton scénario pour “Les dents de la mer VI”…

    Ylm

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